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Stendhal, à la recherche du bonheur


auteur moderne

Avec très peu d’écrits achevés (six romans, quelques récits de voyage et des carnets intimes), Henri Beyle, dit Stendhal, ne fut pas un écrivain pléthorique comme Balzac ou Zola. Cependant, il reste un des maîtres du style et du roman, et peut-être le premier auteur véritablement « moderne » de notre littérature.

Stendhal, ce grand romantique

Il a innové dans l’art de la narration, en plaçant ses lecteurs dans la position d’observateurs privilégiés de l’action, ce qui donne un côté « vécu » et intimiste à ses écrits. En réalité, à travers tous ses héros, c’est de lui-même que parlait Stendhal, c’est peut-être la raison pour laquelle son œuvre est toujours aussi appréciée aujourd’hui.

Une vie de voyageur

C’est à lui que l’on devrait la popularité du mot « touriste ». En effet, durant toute son existence, Stendhal fut un voyageur émerveillé et un amoureux de l’Italie. Après une enfance triste et solitaire, confiné à Grenoble, le jeune Henri Beyle est nommé sous-lieutenant dans l’armée d’Italie en 1800. Ce séjour est une révélation et un enchantement pour le jeune homme, qui découvre l’opéra et la culture italienne.

Dans les rangs de l’armée du futur Empereur, à qui il restera toujours fidèle, Henri a aussi la révélation des intrigues et de l’hypocrisie de la société de son temps, ce qui nourrira ses futurs écrits. Son expérience de la guerre, notamment, nous vaut une relation vécue et étonnante de la bataille de Waterloo par le héros de « La Chartreuse de Parme », le jeune Fabrice del Dongo.

À la fin de l’Empire, Stendhal fera plusieurs séjours en tant que consul de France en Italie du Nord, à Milan et à Trieste notamment, alors sous l’autorité de l’empire austro-hongrois. Soupçonné plusieurs fois d’activisme politique au profit des Carbonari, Stendhal fut surtout un observateur attentif de son époque, et un amoureux de la vie en perpétuelle recherche du bonheur.

stendhal« Le Rouge et le Noir »

Dans ce roman, Stendhal nous fait partager la destinée tragique d’un jeune homme issu d’un milieu modeste, Julien Sorel. Vif et intelligent, ambitieux et instruit, Julien est engagé comme précepteur par le maire d’une bourgade de province. Très vite, il tombe amoureux de Madame de Rênal, la femme de son employeur et devient son amant.

Licencié par son employeur, Julien Sorel fera un bref séjour au séminaire, d’où il partira pour la capitale, dans un poste de secrétaire du marquis de la Mole. Là, il fera la conquête de la fille du marquis, Mathilde. Anobli, il se prépare à épouser la jeune fille, lorsque Madame de Rênal dénonce son arrivisme forcené. Ulcéré, Julien tente alors d’assassiner son ancienne maîtresse en pleine messe.

Arrêté, Julien refuse les tentatives de Mathilde et de Madame de Rênal pour tenter de l’aider contre la justice. Au cours de son procès, il va même jusqu’à s’accuser d’avoir prémédité son geste meurtrier, ce qui lui vaut une condamnation à mort. Julien finira guillotiné après avoir enfin partagé quelques instants de bonheur avec la femme qu’il a toujours aimée, Madame de Rênal.

« Le Rouge et le Noir » est un roman inspiré de deux faits divers, qui passés au crible de l’inspiration de Stendhal, sont devenus les exemples de la passion et de l’ambition poussées à leur paroxysme. Au-delà de cette simple description de ce que Stendhal nommait « les petits faits vrais », « Le Rouge et le Noir » dépeint une réalité sociale et économique contemporaine de l’auteur.

Ce n’est pas par hasard que le roman est sous-titré : « Une Chronique de 1830 ». Il analyse en fait toute une société, et en particulier le destin de ces jeunes hommes nés dans un milieu social défavorisé, et qui tentent par tous les moyens de s’élever dans la « bonne société ». En plus des élans sentimentaux, des doutes et des manœuvres de Julien Sorel, Stendhal dépeint avec lucidité un monde en proie à l’instabilité et aux révolutions, et son héros devient ainsi le porte-parole de toute une génération empreinte de romantisme, de révolte et d’idéalisme.

La suprême habileté du romancier tient dans l’équilibre qu’il obtient entre la peinture des péripéties de ses héros imaginaires et la réalité de la France de 1830.
Pour obtenir ce résultat, Stendhal a inventé une nouvelle forme de narration. Le lecteur n’est plus mis dans la situation d’un observateur omniscient, mais il est invité à voir l’action au travers des yeux des personnages principaux. Un peu comme si chacun était invité à séjourner dans l’esprit de Julien Sorel.

Cette nouvelle façon de raconter une histoire ouvre la voie au roman véritablement moderne, axé sur la psychologie des personnages et sur la façon dont ils interagissent avec la société et leurs semblables.

La Chartreuse de Parme

Cette technique narrative est encore plus évidente dans le second roman achevé de Stendhal. Cette œuvre a suscité l’admiration de Balzac, qui lui enviait en particulier le réalisme de la scène se déroulant lors de la bataille de Waterloo. Mais « La Chartreuse… » n’est pas un roman historique ou guerrier, même s’il contient une partie relatant les campagnes de l’Empire, et l’occupation de Milan par les troupes françaises qu’a vécue Stendhal dans sa jeunesse.

En effet, le personnage principal, le jeune Fabrice del Dongo, est un romantique exalté, toujours en quête de l’amour et du bonheur, mais aussi de la gloire et de l’accomplissement personnel. Pour cette recherche, il commencera par rejoindre les armées de Napoléon pendant les Cent-Jours. Malheureusement, Fabrice n’est pas le héros chevaleresque qu’il croit. Le récit que fait Stendhal de Waterloo à travers les yeux de son personnage est une occasion pour lui de dénoncer l’absurdité de la guerre, et le tumulte incompréhensible qu’est une bataille du point de vue d’un simple combattant.

C’est avec une certaine ironie, un regard amusé, que Stendhal nous décrit Fabrice Del Dongo, ce jeune homme exalté, parfois un peu ridicule, mais toujours imperméable au malheur ou au découragement. Fabrice est un grand amoureux, mais il est surtout épris de l’idée de l’amour. Il rêve donc de conquérir le cœur de la belle Clélia Conti, car il sait au fond de lui que la jeune femme est inaccessible.

Stendhal peint également le portrait magnifique, tout en nuance et en demi-teintes, de la tante de Fabrice, la duchesse Sanseverina, dont on devine qu’elle est secrètement amoureuse du beau jeune homme. Avec le comte Mosca, c’est cette femme aimante et noble qui est la véritable héroïne du roman.

Stendhal a dédié « La Chartreuse de Parme » « To the happy few », c’est-à-dire le petit nombre de lecteurs capables de comprendre et d’apprécier son style limpide, à la fois très naturel et travaillé. Depuis, la critique et le public ont reconnu les immenses qualités de ses ouvrages, et la modernité du regard à la fois ironique et attendri que l’auteur pose sur ses personnages.

Stendhal a aussi créé un nouveau type de héros, à la fois exalté et intransigeant, tout entier porté vers un égotisme dynamique et la découverte de nouvelles passions et sensations. Pour toutes ces raisons, il est très certainement le créateur du roman moderne, au-delà des modes passagères et des engouements sans lendemain.

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