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Les romans d’aventures, un genre populaire par excellence


Les romans d'aventures

Souvent regardés avec condescendance par la critique, exclus de la grande littérature par certains auteurs, les romans d’aventures (ou d’aventure) sont d’un genre à part. Même s’ils n’ont pas les faveurs des intellectuels, ils n’en restent pas moins ceux qui furent et demeurent encore les plus prisés du grand public.

Depuis les débuts de la littérature, l’aventure tient une place importante dans les œuvres écrites, parfois dans l’unique but de distraire un lectorat peu exigeant ou juvénile, mais parfois aussi comme des métaphores de situations plus complexes.

Seulement une succession d’anecdotes ?

romans d'aventures, jules verne, jack london, Joseph KesselLes détracteurs des récits d’aventures soutiennent qu’il ne s’agit, la plupart du temps, que d’une suite plus ou moins bien assemblée, d’épisodes mouvementés mettant en scène des héros sans grande profondeur. Selon les définitions acceptées en général par l’Université, le roman d’aventures ne serait donc au mieux, qu’une littérature de niveau inférieur qui se soucierait peu de la vraisemblance et qui négligerait toute richesse psychologique des personnages.

Uniquement consacré à la description de l’action, dépourvu de réflexion, le genre « aventures » ne serait en fait pas une vraie littérature. François Mauriac, par exemple, considérait que ce genre ne consistait qu’en un « enchevêtrement factice de circonstances ». Il est vrai que, comme tous les genres, l’aventure a mauvaise réputation, parfois à juste titre.

Certains auteurs ont effectivement produit des récits d’aventures selon des formules répétitives, comme les feuilletonistes du début du siècle dernier qui, pressés par le temps et par leurs employeurs, cumulaient les récits invraisemblables et extravagants sans aucun respect pour le lecteur. Cette production massive s’adressait surtout aux couches les moins cultivées de la société de l’époque, et cultivait le simplisme et l’invraisemblance, tout en négligeant la notion de style littéraire.

Coups de théâtre abracadabrants, personnages tout d’une pièce, absence de psychologie, contexte historique et géographique absents ou absurdes, tous ces défauts sont hélas présents dans une part considérable des romans d’aventures commis par des tâcherons n’ayant que peu à voir avec la littérature.

Une littérature porteuse de réflexion

Cette opinion sans nuance mériterait pourtant d’être discutée.
Car certains auteurs aujourd’hui reconnus comme de grands écrivains n’ont pas dédaigné de produire de grands romans d’aventures, qui sont aujourd’hui regardés comme des classiques. Parmi les contemporains, on peut citer Joseph Kessel qui a magnifié son expérience de grand journaliste dans des romans comme « Le Lion » et « Les Cavaliers », et qui sont de réels romans d’aventures présentant à la fois des rebondissements émouvants et une véritable analyse psychologique des protagonistes.

De même, Jack London, qui est classé parmi les auteurs de « romans d’aventures pour adolescents », ne s’est pas contenté dans ses ouvrages de narrer les multiples rebondissements de son existence mouvementée : il a introduit dans son œuvre une réelle profondeur psychologique, assortie d’une critique sociale acerbe. Dans un autre ordre d’idée, un de nos plus grands auteurs, Jules Verne, est aujourd’hui considéré avec condescendance par la critique et par le corps enseignant.

Pourtant, les aventures qu’il décrit dans ses « Voyages extraordinaires » ne sont pas gratuites, et ne sont pas qu’un catalogue d’anecdotes mouvementées. Derrière les tribulations de Nemo où des enfants du capitaine Grant, en compagnie de Philéas Fogg ou de Robur le Conquérant, se cachent une volonté d’instruire le lecteur et de véritables réflexions sur le monde contemporain de Verne.

Ainsi, les romans extraordinaires de Jules Verne se présentent comme un état des lieux complet des connaissances scientifiques et géographiques de la fin du XIXe siècle. De plus, l’écrivain nantais ne s’est jamais caché d’apporter une dimension critique et politique dans ses récits d’aventures.

  • Le roman assez méconnu « Les 500 Millions de la Bégum » est une charge violente contre les ambitions impérialistes de l’Allemagne, et reflète bien l’état d’esprit de toute une partie de la population française avant la Première Guerre mondiale.

  • Et des romans d’exploration comme « Cinq Semaines en Ballon » ou « Le Tour du monde en Quatre-Vingts Jours » sont des critiques à peine dissimulées de la politique coloniale de l’Europe.
  • De la même façon, les récits d’aventures d’un Rudyard Kipling ou d’un Joseph Conrad peuvent être perçus comme de simples récits de distraction pure ou bien envisagés, d’un point de vue plus élevé, comme des aperçus sur les réalités du monde colonial de leur époque.

Les romans d’aventures, un genre controversé, mais qui entre dans le champ littéraire.

On voit donc bien que le roman d’aventures, à l’instar de la fameuse « auberge espagnole », vaut surtout par ce qu’y apporte le lecteur, en matière de volonté de réfléchir et d’analyse au-delà de la simple apparence du texte.

Alors qu’un lecteur pressé et inattentif ne verra dans « 20 000 Lieues sous les Mers » qu’un récit farfelu, mettant en scène des épisodes peu vraisemblables et des personnages improbables, un regard plus subtil pourra dégager de l’histoire une ode à la liberté et un hommage aux peuples en lutte pour leur indépendance.

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