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René Barjavel, le poète de l’anticipation


René barjavel l'écrivain aux mille visages

Même si la littérature d’anticipation et de science-fiction semble être un genre monopolisé par les auteurs américains, notre pays peut revendiquer de nombreux écrivains de talent, qui ont abordé à leur façon ces thèmes et René Barjavel figure parmi ces conteurs de l’imaginaire.

Avec un rang sans doute à part : en effet, René Barjavel, auteur prolixe et très diversifié, a su varier ses intérêts tout en restant fidèle à ses thématiques, en particulier en conservant une fraîcheur humaniste à ses écrits. Scénariste et dialoguiste pour le cinéma, essayiste de talent, René Barjavel est sans conteste le plus poétique de nos écrivains d’anticipation ou le plus spéculatif des enchanteurs des lettres.

René Barjavel : le destin littéraire d’un homme ordinaire

Rene-Barjavel-portraitRien ne prédestinait René Barjavel à devenir un journaliste renommé, un chroniqueur subtil et un auteur à succès. Né en 1911 en Provence, il est issu d’un milieu modeste, descendant de paysans et de petits artisans. Il a exercé de nombreux petits emplois avant de devenir journaliste obscur dans une feuille du Massif Central.

C’est sans doute la guerre, qu’il fera en tant que simple soldat, qui déclencha chez lui le besoin d’écrire pour témoigner. Écœuré par l’Occupation et la dureté de son temps, René Barjavel se réfugia dans l’imaginaire pour construire son œuvre.

C’est en 1943 qu’il publie son premier roman à succès : « Ravages ». Ce récit d’une catastrophe improbable, de la fin de notre civilisation après la disparition de l’électricité, lui vaudra d’être critiqué à la Libération. En effet, les thèmes abordés par René Barjavel : retour à une société plus simple et rurale, patriarcat, confiance dans les « savants », ont poussé un certain nombre de nouveaux censeurs, un peu trop zélés, à voir dans ce simple récit d’anticipation une apologie du pétainisme.

S’il est vrai que la « Révolution nationale » du maréchal Pétain prônait le retour à la terre, rien ne prouve que René Barjavel ait soutenu ces thèses. On pourrait surtout conclure que « Ravages » est plutôt la transposition des peurs d’un jeune homme après les traumatismes des combats, les épreuves dues à la défaite et à l’Occupation. De plus, Barjavel a toujours manifesté une profonde empathie pour le monde paysan et une réelle préoccupation écologique, bien avant que le mot ne soit devenu à la mode.

C’est lavé de tout soupçon par le comité d’Épuration que le jeune auteur entame alors une carrière littéraire à la tête d’une importante maison d’édition. Jusqu’à son décès, il connut un succès considérable, et il est de nos jours considéré comme un des précurseurs de la science-fiction en France.

Une SF « Made In France »

René Barjavel a commencé à écrire de la science-fiction alors que ce genre était quasi inconnu en France. En outre, pendant l’Occupation allemande, les liens avec les États-Unis étaient impossibles, si bien qu’il n’a pu connaître les grands auteurs de ce genre. Ce fait explique sans doute que Barjavel a su créer de toutes pièces une fiction d’anticipation avec ses propres thèmes.

Alors que les Américains comme Van Vogt, Heinlein ou Asimov mettaient en scène des invasions extraterrestres ou de lointains conflits galactiques, l’auteur français utilisait d’autres ressorts pour son « histoire du futur ». Il fut un des précurseurs du genre « post-apocalyptique » avec « Ravages », bien avant les écrivains d’outre-Atlantique qui – actualité de la Guerre froide oblige – prévenaient du danger de l’utilisation de l’arme nucléaire, capable de provoquer la disparition de la civilisation.

Dans le « Voyageur imprudent », daté aussi des années de guerre, René Barjavel exploite avec humour, dérision et fantaisie le thème du voyage dans le temps. Contrairement aux auteurs anglo-saxons, et à H.G. Wells en particulier, Barjavel ne cherche pas à être sérieux dans ce roman. Davantage dans la veine ironique de Marcel Aymé, il s’amuse en tentant d’amuser le lecteur.

Cependant, le sourire sous-jacent à ce récit n’occulte pas les interrogations sérieuses ni les réflexions sur la dureté de la condition humaine. Car la science-fiction de René Barjavel n’est pas une ode à la technologie débridée : on y trouve bien plus de « fiction » que de science, et souvent ses délires anticipatifs ne sont que prétextes à dépeindre son époque.

Le thème principal de René Barjavel est l’humain, et les manifestations de l’amour, dont le caractère éternel est bien illustré par le roman « La Nuit des temps ». Celui-ci fut un grand succès de librairie et concéda à son auteur le statut de grand écrivain populaire.
Le temps des succès

C’est à partir de la parution de ce roman que René Barjavel fait la conquête du grand public, sans jamais abandonner sa poésie et sa thématique. Avec audace, il aborde ensuite le sujet de l’immortalité dans « Le Grand Secret », puis revient sur sa détestation de la guerre avec « Le diable l’emporte ».

Ses préoccupations écologistes apparaissent également dans « Une Rose au Paradis », où il imagine une sorte de nouveau Noé, effrayé par le surarmement et la pollution, qui bâtit une arche pour préparer l’avènement d’une nouvelle humanité. Mais l’auteur provençal ne se confine pas à un genre unique.

Porté par ses succès de librairie, René Barjavel publie également un roman contemporain « les Chemins de Katmandou », qui s’inspire librement d’un film d’André Cayatte. Ce livre consacré à l’errance des jeunes issus du mouvement hippie rencontre un grand succès de la part du public. Car il tente de répondre aux interrogations de toute la société sur des phénomènes sociologiques inédits : contestation de la société de consommation, refus des schémas traditionnels de l’Occident.

Puis, Barjavel touche à d’autres domaines : il fait paraître « La Faim du Tigre », essai philosophique en forme d’interrogation sur la nature et sur l’humanité, où son optimisme naturel est confronté aux défis de l’évolution. Il s’agit d’un livre très important dans la carrière de René Barjavel, car dès sa date de parution, il est comme un résumé et un bilan de sa carrière et de sa quête intellectuelle. Dans cet ouvrage, l’auteur laisse parler son humanisme profond, sa foi en l’amour, sans occulter les interrogations cruciales qu’il se pose, notamment envers les religions.

Dans cette lignée, mais en beaucoup plus léger, « L’Enchanteur » est également un livre phare : inspiré librement de la Geste arthurienne. René Barjavel reprend avec humour et fantaisie les thèmes classiques de la chevalerie, de la quête du Graal, en faisant de Merlin son héros principal.

Parfois anachronique, souvent amusant, ce petit livre solaire et à la portée de tous, résume bien le style de Barjavel. Il met en scène des personnages bien connus, mais en fait les porte-paroles de ses thèses familières : l’amour triomphant du temps et de la mort, la recherche du bien commun malgré les vicissitudes de l’Histoire et la confiance dans la destinée humaine.

René Barjavel, parfois décrié par la critique à cause de son succès populaire et des mauvais genres qu’il a abordés, bien qu’un peu oublié, reste un écrivain important par la variété de son œuvre et la qualité purement littéraire de son style :

  • Sa manière d’écrire, accessible à tous et limpide, ne cède jamais à la facilité ;
  • Son vocabulaire riche, parfois même raffiné, est au service de thèmes universels qui font que René Barjavel restera sans doute encore longtemps parmi les favoris des lecteurs curieux de tout, et surtout de belle littérature.

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1 commentaire

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  • Barjavel m’a fait connaître mon premier livre de SF « La Nuit des Temps » ! Un mélange de rêve et de romantisme aussi 🙂

    « Te montrer à l’univers, le temps d’un éclair, puis m’enfermer avec toi, seul, et te regarder pendant l’éternité » …