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La nouvelle, un art à part entière


écrire des nouvelles

En France, la nouvelle est assez souvent négligée, considérée comme un genre mineur, un piètre substitut au roman. En revanche, elle connaît une belle faveur dans les pays anglo-saxons, où elle est vue comme l’égale des ouvrages plus volumineux, et où les nouvellistes jouissent de la même considération que les romanciers. Pourtant, nos plus grands écrivains classiques se sont essayés avec succès à cet art délicat, car la nouvelle est un art à part entière.

Une tentative de définition

Définir une forme d’art est un exercice difficile, aussi tenter de définir ce qu’est une nouvelle est parfois assez périlleux. En général, tous les critiques et les lecteurs s’accordent sur le fait que la nouvelle doit être nécessairement courte, bien qu’il n’existe pas de limite précise du nombre de pages qu’elle doit comporter.

Concrètement, comment différencier une « longue nouvelle » d’un court roman ? Souvent, les adversaires de la nouvelle, en tant que genre à part, défendent l’idée que la composition de la nouvelle et du roman est semblable et que seule leur longueur les différencie. Cet argument est aisément réfutable, car la nouvelle possède ses propres caractéristiques. On peut donc affirmer que la nouvelle n’est pas une ébauche de roman, commise par un auteur paresseux et en manque d’inspiration.

Charles Baudelaire, traducteur et promoteur dans notre pays, des nouvelles d’Edgar Allan Poe, a donné dans une préface une définition qui suscite encore l’adhésion de nombreux critiques.

  • Selon le poète, la nouvelle se caractérise par sa brièveté, par le nombre réduit de protagonistes et par une conclusion d’une intensité si forte qu’elle doit saisir le lecteur.
  • De plus, une nouvelle devrait, en principe, être lue en seule fois dans un laps de temps assez court, ce qui la différencie du roman, qui exige un effort de longue haleine de la part du lecteur. En quelque sorte, cette définition baudelairienne correspond à la règle des « trois unités » qui définit le théâtre classique.

Comme ces trois critères ne correspondent en rien à la composition d’un roman, on peut en conclure qu’une nouvelle n’est pas un « roman résumé ».

  • Enfin, bien que similaire dans son format, la nouvelle n’est pas une fable ou un conte, car elle ne délivre pas de moralité ou de fin édifiante. C’est une œuvre littéraire, dégagée de la contrainte de la morale.

La nouvelle, art de l’intensité.

Ce qui caractérise une nouvelle réussie, c’est surtout son caractère concentré, intense, tendu. Par sa brièveté, cette forme littéraire doit saisir le lecteur dès les premiers mots afin de le conduire d’une traite vers la conclusion, couramment nommée : la « chute ». Baudelaire – toujours lui – estimait qu’une nouvelle parfaite devait être entièrement conçue au service de cette chute, que les premiers mots du texte devaient tendre de manière inexorable vers la surprise finale.

Cette tension constante est un défi permanent pour le nouvelliste. En effet, la conception d’un récit court exige la maîtrise totale de chacun des éléments du récit. Une erreur, une incohérence même légère se détectent bien plus facilement dans un texte de quelques pages tout entier, centré sur un événement unique, que dans un roman foisonnant de détails, de descriptions et de personnages.

De plus, réussir une nouvelle nécessite donc un plan rigoureux et une économie de moyens extrême. Créer une histoire cohérente et y faire adhérer le lecteur, susciter sa curiosité et son intérêt sur un nombre de pages très réduit, exige que l’auteur soit habile, méthodique et quelque peu machiavélique. « Suggérer sans rien révéler, proposer de fausses pistes et des pièges, telles sont les qualités que doit posséder un nouvelliste chevronné ».

La nouvelle, domaine du double sens et de l’ellipse

Pour obtenir l’adhésion du lecteur, une nouvelle joue souvent sur les doubles sens, sur les ambiguïtés de la langue française. Parfois, cette tactique est annoncée dès le titre : un jeu de mots, un calembour peuvent amener le lecteur à penser que le sujet abordé sera classique, alors qu’en réalité il s’agira d’un récit dit « de genre ».

Ainsi, un titre humoristique peut annoncer une histoire dramatique ou policière, ou un titre à connotation historique couvrira en fait une nouvelle de science-fiction. Le but de ces petites supercheries d’auteur est toujours le même : créer l’intérêt spontané du lecteur, l’intriguer et aussi l’amener sur de fausses conclusions qui préparent le retournement final de la chute.

Comme, par définition, le volume d’une nouvelle est limité, le nouvelliste doit également maîtriser l’ellipse, cette figure de style consistant à suggérer sans dépeindre. Ainsi, il est fréquent qu’une nouvelle commence au milieu de l’action, « in media res », et que les descriptions, aussi bien matérielles que psychologiques, soient réduites à leur plus simple expression.

Les personnages sont suggérés, esquissés plutôt que dépeints, et le décor dans lequel ils évoluent se résume souvent à quelques détails évocateurs, à moins qu’ils ne soient importants pour le récit. Cette économie de moyens exige, de la part du lecteur de nouvelles, des efforts peut-être supérieurs à ceux fournis lorsqu’il lit un roman. L’imagination doit travailler et être active afin de combler les failles descriptives laissées ouvertes, à dessein, par l’auteur ».

La nouvelle est donc aussi un art de la suggestion, auquel participe le lecteur qui ne doit pas se contenter de se laisser guider par le récit.

Nous reviendrons dans un prochain article sur la nouvelle et ses quelques variantes, ainsi que sur certains auteurs célèbres dans tous les genres.

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