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La nouvelle et ses variantes


la nouvelle est un art

Nous avons déjà vu que la nouvelle était un art à part entière et en tant que tel, elle connaît des innovations, des variations et des mutations, car tout art est voué à évoluer. Dans cette deuxième partie, je vais préciser quelques notions sur la nouvelle et ses variantes, la novella et la novelette, ainsi que sur quelques techniques couramment utilisées.

La nouvelle, une question de taille

Nous avons déjà établi que la caractéristique principale de la nouvelle est la brièveté. Certains éditeurs et critiques ont donc cherché à préciser le format de la nouvelle, et plusieurs organismes anglo-saxons se sont mis d’accord sur la taille requise pour qu’un texte de fiction soit appelé « nouvelle ».

Ainsi, il est aujourd’hui admis qu’une nouvelle comporte autour de 7 500 mots. Au-delà, on parle de « novella » (jusqu’à 40 000 mots), et certains critiques utilisent aussi le terme de « novelette » pour qualifier des récits dont la taille se situe entre 7500 et 17 500 mots. Ces distinctions peuvent sembler artificielles, mais elles revêtent désormais une certaine importance dans le monde de l’édition, avec l’importance de plus en plus grande de l’auto-édition et des formats courts sur supports électroniques.

Ainsi, un auteur débutant aura tout intérêt à savoir à quelle catégorie de taille appartient son histoire afin de pouvoir la proposer à des éditeurs spécialisés. Il convient d’ajouter à ces formats reconnus d’autres variantes de la nouvelle : la « short-short story », que l’on a traduit récemment par le terme « micronouvelle » et la « microfiction ».

Ces deux sous-genres sont caractérisés par leur extrême brièveté, par leur concision, mais aussi par l’aspect percutant de leur écriture. Une microfiction ne doit pas comporter plus de trois cents mots, en règle générale, et ce genre s’est récemment développé grâce aux nouveaux médias, dont Internet, où la lecture ne doit pas accaparer trop longtemps l’attention du lecteur.

Une short-short story est une nouvelle ultra-courte, mais dans un format non défini : c’est un style plus ancien, où s’est distingué le grand auteur américain Fredric Brown, dont plusieurs recueils ont été publiés en français. Brown maîtrisait parfaitement le style incisif, l’économie de moyens qui lui permettaient de narrer une histoire cohérente, dotée d’une conclusion surprenante et souvent humoristique dans l’espace restreint de deux pages, en moyenne.

Quelques auteurs célèbres de nouvelles

On a vu que les lecteurs anglo-saxons étaient plus friands de nouvelles que le public français. C’est sans doute pourquoi les plus fameux nouvellistes sont Anglais ou Américains.

  • Parmi eux, on peut citer Robert Bloch, disciple et ami de Lovecraft, qui a écrit plusieurs centaines de nouvelles durant sa longue carrière, tant dans le domaine du suspense, du policier ou du fantastique.
  • Richard Matheson fut également un auteur prolifique de textes courts, dont certains font encore figure de modèles parfaits du genre.
  • Mais le domaine français compte malgré tout des nouvellistes fameux, dont le plus célèbre reste encore Guy de Maupassant. Auteur de trois cents nouvelles en dix ans, Maupassant a su donner à ce genre des lettres de noblesse durables, en abordant des sujets différents : nouvelles fantastiques, de mœurs, historiques ou naturalistes.

Au IXXe siècle, de nombreux auteurs français produisirent des nouvelles remarquables, dans tous les genres :

  • Mérimée, Balzac, Flaubert ont donné à notre littérature des œuvres courtes et concentrées, égales en qualité aux plus grands romans.
  • Mention spéciale aussi à un grand nouvelliste francophone, Jean Ray. Ce Belge est l’auteur de nombreuses nouvelles où l’ambiance, l’atmosphère jouent un rôle prépondérant dans des récits courts souvent angoissants et grotesques.

Ce n’est qu’au siècle suivant que le roman a établi sa prédominance dans notre pays, et aujourd’hui les auteurs français de nouvelles sont plutôt cantonnés dans le domaine des littératures dites « de genre », telles que la science-fiction, le policier et le fantastique, et tous leurs dérivés.

La nouvelle au service du genre

Il semble que les seuls secteurs de la littérature française où les recueils de nouvelles sont encore publiés appartiennent aux genres décriés par la critique officielle, mais appréciés par un public toujours fidèle. En effet, de nos jours même, il existe toujours des écrivains français qui produisent des récits courts et des éditeurs courageux qui acceptent de les publier.

Des auteurs d’histoires policières proposent des fictions « à suspenses » pour des magazines, et malgré la vogue des sagas interminables et monumentales venues des pays anglo-saxons, de nombreux lecteurs sont amateurs de nouvelles courtes appartenant au domaine de l’« heroic-fantasy ».
Le fantastique et la science-fiction sont également des genres qui se prêtent particulièrement bien au format de la nouvelle : récits courts et ramassés, focalisés sur un petit nombre de personnages, descriptions réduites au minimum sont des caractéristiques qui se prêtent aux intrigues complexes et mystérieuses des univers fantastiques.

Il suffit de se rendre dans une véritable librairie (et pas dans un supermarché) et de faire un tour dans les rayons pour s’apercevoir que la nouvelle possède toujours un avenir dans notre pays, grâce à toute une génération de jeunes auteurs peut-être peu médiatisés, mais qui offrent un large éventail de talents variés s’épanouissant dans le format court et percutant de la nouvelle.

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