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Joseph Kessel, écrivain, journaliste et aventurier


Auteur de romans, mais aussi grand reporter, éditorialiste et voyageur, Joseph Kessel fut de tout temps un homme engagé, témoin de son siècle et observateur infatigable de l’humanité. Coauteur du « Chant des Partisans », pilote de chasse, engagé volontaire durant la Grande Guerre, mais aussi rédacteur en chef de journal et Académicien français, il restera longtemps une figure marquante du paysage littéraire.

Une biographie digne des plus grands romans d’aventures

Né en Argentine de parents juifs russes, Joseph Kessel grandit et accomplit ses études en France.  Ayant obtenu sa licence de Lettres à 17 ans, il semblait promis à une carrière dans la presse, mais il préféra s’engager dans la Première Guerre mondiale. Il devint très vite aviateur et connut les combats aériens, qui devaient l’inspirer pour un de ses premiers romans, « L’Équipage ».

Joseph Kessel, écrivain, journaliste et aventurierDès la fin du conflit, et probablement marqué par cette première expérience, Joseph Kessel ne tint plus en place et multiplia les expériences. Il fonda un journal satirique (« Gringoire »), avant de devenir grand reporter et de couvrir tous les événements marquants du siècle : Guerre d’Espagne, guerres coloniales puis second conflit mondial.

Dès la défaite, il rejoignit la Résistance encore embryonnaire avant de gagner l’Angleterre pour se joindre aux Forces aériennes françaises libres, renouant ainsi avec sa première expérience militaire. C’est à Londres qu’il écrivit le « Chant des Partisans » en compagnie de Maurice Druon, son neveu.

C’est dans cette ville également qu’il commença « L’Armée des Ombres », saisissant roman-document sur les réseaux de la Résistance qui donna lieu plus tard à une adaptation très réussie au cinéma. Mais Joseph Kessel était un homme d’action, et il participa aux combats de la Libération au sein d’une escadrille de combat de la RAF.

Après la guerre, il reprit sa carrière de journaliste au long cours : après avoir couvert les procès de Nuremberg, il assista à la naissance de l’État d’Israël, et voyagea en Afghanistan, en Asie du Sud-est et en Afrique de l’est. De toutes ces pérégrinations, il rapporta de la matière vivante pour les quatre-vingts romans qu’il publia durant sa longue existence.
Enfin, épuisé par l’âge et par les divers excès, Joseph Kessel se retira en région parisienne, auréolé de sa gloire d’Académicien français et d’écrivain baroudeur. C’est là qu’il s’éteignit en 1979.

Des romans d’aventures qui parlent de l’Homme

Dans la lignée d’Albert Londres, de Jack London ou d’Henry de Monfreid, Joseph Kessel a vécu la plupart des situations qui forment l’argument de ses récits. Passionné par le monde et ses bouleversements, engagé de manière charnelle dans les conflits qui ont agité son siècle, il se satisfaisait peu d’une littérature uniquement basée sur la psychologie des personnages et sur l’introspection. Conteur instinctif, il s’émerveillait du spectacle des animaux et de la nature, et de leur rapport avec l’humanité.

Un des romans qui lui apporta le plus de succès fut « Le Lion », histoire tragique d’un lionceau adopté par la fille du garde d’une réserve, au Kenya. L’animal étant retourné à l’état sauvage, il n’en garde pas moins un lien privilégié avec l’enfant, jusqu’à ce qu’un jeune guerrier masaï, désireux de prouver sa valeur, tente de tuer le lion.

Le père de la jeune Patricia est obligé d’abattre le fauve pour sauver la vie du jeune présomptueux, alors que l’enfant avait pris le parti de son animal apprivoisé. Désespérée par la mort du « Lion », la jeune fille comprend qu’il est temps pour elle de quitter le monde de l’enfance pour retourner à la civilisation à laquelle elle appartient.

On voit bien avec ce roman que Joseph Kessel ne résume pas le récit d’aventures à la seule accumulation d’anecdotes plus ou moins saisissantes ou extraordinaires : l’essentiel de son propos est plutôt de montrer les réactions et le comportement d’êtres humains confrontés à des situations exceptionnelles.

C’est pourquoi la guerre sert de toile de fond à son premier roman, « L’Équipage ». À travers le récit des dures conditions de combat d’une escadrille d’aviateurs, pendant la Première Guerre mondiale, Kessel décrit les relations complexes qui s’établissent entre des hommes confrontés à des périls variés. Malgré cette adversité toujours présente, les membres de l’escadrille décrite par Kessel éprouvent également les mêmes tourments de la jalousie et de l’envie.

Toute son œuvre semble sous-tendue par la dureté de l’existence et la sauvagerie à laquelle est confrontée l’humanité. Ses héros sont des hommes et des femmes débordant d’énergie, n’hésitant pas à se mesurer à une adversité impitoyable, que ce soit la guerre, les éléments naturels ou une société fondée sur l’injustice.

« Le Tour du Malheur »

Sous ce titre général sont regroupés quatre romans qui sont sans doute ceux où Joseph Kessel livre le plus sur lui-même. Sans être autobiographiques, on ne peut que noter les similitudes entre son héros, Richard, et Kessel. Même appétit de vivre, même amour de la vie et des femmes, et mêmes malheurs et interrogations.

À travers ce cycle romanesque foisonnant, le romancier quitte ses habituels récits d’aventures exotiques pour se pencher vers l’analyse des sentiments et de la psychologie de ses héros, presque tous complexes et torturés. Dans chacun des romans de cette saga, les personnages sont confrontés à des choix cruciaux, à des sacrifices importants.

Les quatre tomes du « Tour du Malheur » explorent en profondeur la société parisienne du début du XXe siècle, depuis les milieux interlopes du banditisme jusqu’aux sphères gouvernementales, en passant par les tractations secrètes du monde de la justice. Mais surtout, on retrouve dans « Le Tour du Malheur » toutes les préoccupations de son auteur : l’amitié, la justice, le rôle formateur de l’éducation parentale… Sans oublier la valeur fondamentale qui sous-tend toute l’œuvre de Joseph Kessel : la foi dans l’humanité, la capacité de chacun de pouvoir se racheter malgré les actes les plus insensés ou criminels.

Car les héros de son cycle romanesque sont tous des hommes et des femmes pétris de faiblesse, qui se laissent aller à leurs passions et à leur sensualité, mais qui chacun à leur façon, parviennent à se dépasser pour devenir meilleur. On a souvent comparé cet aspect des romans de Joseph Kessel à l’œuvre d’un autre auteur d’origine russe, Dostoïevski, dont l’empathie envers les personnages qualifiés de « fous » ou de « criminels » est une ligne maîtresse.

Joseph Kessel, un des fondateurs du « journalisme romancé »

Joseph Kessel fut avant tout un témoin de son siècle, et sa carrière de journaliste menée en parallèle avec celle d’homme de lettres lui a permis de créer un genre séparé du roman d’aventures pur et simple. En effet, ses romans sont basés sur l’expérience vécue par l’auteur, ou bien sur une documentation rigoureuse, journalistique.

Pas de fantaisie chez Kessel, et peu de liberté prise avec l’exactitude historique : qu’il narre les aventures d’un avatar d’Henry de Monfreid dans « Fortune carrée », ou qu’il explore les méandres du régime Nazi et de la personnalité de Himmler dans « Les Mains du Miracle », l’écrivain respecte rigoureusement la vérité des faits. Vagabond inspiré et « citoyen du monde » avant que l’expression soit galvaudée, Kessel rendait compte de sa perception de la diversité humaine avec le regard acéré d’un reporter de guerre.

C’est sans doute la raison pour laquelle il reste encore de nos jours un écrivain populaire dans le sens noble du terme, et une source de réflexion pour le lecteur curieux de ce monde.

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