Catégories Lectures

Jean Racine, le maître de la tragédie


Jean Racine et la tragédie

Né en 1639 et mort soixante ans plus tard, Jean Racine est étroitement associé au siècle de Louis XIV et à la période classique de la littérature française. Poète et dramaturge, il excella particulièrement dans les œuvres tragiques, et sut trouver un ton qui donne à ses pièces des accents modernes qui étonnent encore les spectateurs de notre siècle.

De l’éducation janséniste à l’émancipation poétique.

Élevé à Port-Royal, une abbaye où était professé le jansénisme, une théologie rigoureuse et austère, Jean Racine reçut une solide éducation littéraire. À une époque où les comédiens étaient excommuniés et les auteurs de théâtre considérés comme des « empoisonneurs des âmes », il décida néanmoins de devenir poète et dramaturge, rompant ainsi avec l’enseignement de ses maîtres de Port-Royal.

Doté d’une excellente éducation de gentilhomme, très érudit, charmeur, Racine se créa rapidement un réseau d’amitiés et de soutiens qui lui permit de se faire remarquer par le jeune roi Louis XIV. À vingt-et-un ans en effet, Racine avait publié un poème de louanges sur la reine Marie-Thérèse d’Autriche, future épouse du Roi-Soleil.

D’autres œuvres de circonstance lui valurent la reconnaissance du souverain dans les années suivantes, ainsi que des gratifications qui lui permettaient de mener grand train. Mais, pendant cette période, Jean Racine ne cessa pas d’écrire pour le théâtre. Il se lia ainsi d’amitié avec son aîné Molière, qui fit jouer une de ses premières œuvres (une tragédie : « La Thébaïde ») par sa propre troupe.

Présenté au Roi, Racine devint alors un des auteurs importants devant la cour de Versailles. Cette notoriété soudaine et précoce poussa alors le dramaturge à rompre avec ses anciens amis. Il se brouilla avec Molière et publia des pamphlets très durs envers ses anciens maîtres de Port-Royal, qui étaient en conflit ouvert avec les très puissants Jésuites.

Les années de triomphe et la gloire

Grâce à ses relations et à l’appui du souverain absolu, toutes les pièces de racine furent des triomphes. « Andromaque », « Britannicus », « Bérénice » furent jouées devant le roi et emportèrent l’adhésion de l’ensemble de la cour et de la critique. Seul véritable rival de Pierre Corneille, Jean Racine devint le dramaturge officiel de Versailles.

De par ses succès, Racine obtint un train de vie confortable, grâce à la charge de trésorier de Moulins qui lui apportait un revenu très confortable. De plus, l’édition de ses pièces lui apportait également un confort matériel qui lui permettait de se consacrer entièrement à l’écriture. Pour couronner cette carrière de courtisan, Racine fut nommé historiographe du Roi, grâce à l’intervention de madame de Montespan.

Pendant quinze ans, Racine suivit Louis XIV jusque sur les champs de bataille et abandonna presque entièrement l’écriture de pièces de théâtre. Vers la fin de sa vie, il se réconcilia avec ses anciens maîtres de Port-Royal et devint aussi dévot que son souverain.

Cette brève biographie pourrait laisser penser que Jean Racine fut un homme entièrement préoccupé de son ascension sociale, prêt à abandonner ses amis pour une place à la cour et des charges lucratives, une sorte d’écrivain stipendié. Pourtant, la puissance de son œuvre, la force de ses drames révèlent également une personnalité riche et complexe, et un talent exceptionnel.

Jean Racine, le dramaturge de génie

Jean Racine, le maître de la tragédieRacine est peut-être l’auteur dramatique qui a retrouvé la source du tragique qui s’était tarie depuis l’antiquité grecque. D’ailleurs, une grande partie de son inspiration est puisée dans l’histoire gréco-latine. Ses inspirateurs sont des historiens latins comme Suétone ou Plutarque, sans jamais les plagier et en conservant toujours suffisamment de liberté avec l’exactitude historique pour pouvoir créer des œuvres originales.

Car, si ses tragédies sont inspirées des actes des empereurs de Rome (« Britannicus », « Bérénice ») ou des familles mythiques de la Grèce antique (« Iphigénie », « Phèdre ») ou bien encore d’épisodes bibliques (« Athalie », « Esther »). En réalité, elles sont consacrées à dépeindre l’âme humaine confrontée à un destin inexorable.

Dans toute son œuvre tragique – qui représente la quasi-totalité de ses pièces — Racine met en scène des personnages torturés, soumis aux passions contradictoires et tiraillés entre l’amour et le devoir. C’est une conception fortement inspirée des opinions jansénistes qui prévaut chez lui : sans la grâce divine, les actions humaines sont vaines et vouées à l’échec et à la destruction. C’est pourquoi la tragédie racinienne peut-être qualifiée de sombre sans être pessimiste, car elle laisse toujours une possibilité d’espérer à ses protagonistes.

Du point de vue de la forme, les pièces de cet auteur se rapprochent de la perfection voulue par l’ère classique. La règle des trois « Unités » (temps, lieu, action) est respectée, parfois même aux dépens de la vérité historique. La versification en alexandrin est parfaite, d’une richesse éblouissante, et la poésie et la musicalité des vers de Racine continuent à en faire un auteur accessible de nos jours. Mais surtout, ce qui fait la valeur et l’universalité du théâtre racinien, c’est la finesse de l’analyse psychologique et la vraisemblance des réactions des personnages. L’Amour et les Passions destructrices sont les véritables protagonistes des pièces de Jean Racine.

Phèdre ou la tragédie de l’amour impossible

Inspirée d’Euripide et de la mythologie grecque, cette tragédie est justement considérée comme le chef-d’œuvre de racine. C’est l’œuvre de la maturité, écrite par un auteur en pleine possession de ses moyens. La construction dramatique est exemplaire, et la psychologie des personnages est si fouillée que l’intrigue devient universelle. L’argument de la pièce est simple : Phèdre, seconde épouse du roi mythique Thésée, est tombée amoureuse de son beau-fils, le bel Hippolyte. Consciente de l’impossibilité de cet amour, la reine d’Athènes tente d’enfouir ses sentiments, mais la passion est la plus forte.

Alors que Thésée s’est absenté, et que des rumeurs évoquent sa disparition, Phèdre ne peut se retenir et avoue sa flamme à Hippolyte qui, épouvanté, s’enfuit. La nouvelle du retour du roi précipite l’action : de peur qu’Hippolyte n’avoue tout à son père, Phèdre, conseillée par sa nourrice Oenone, accuse Hippolyte d’avoir tenté de la violer. Le jeune prince nie le forfait, et pour prouver son innocence il avoue à son père qu’il aime Aricie, une jeune princesse dépossédée du trône par Thésée.

Phèdre, tourmentée par le remords, décide d’avouer sa calomnie, mais elle est atteinte par une autre passion destructrice : la jalousie envers Aricie, si bien qu’elle se tait lorsque Thésée appelle la malédiction de Neptune sur Hippolyte. La pièce dépeint avec finesse et clairvoyance les tourments intérieurs de la reine, victime de ses passions contradictoires et torturée par l’amour et la haine, la rage d’avoir été repoussée et la jalousie envers Aricie. Un serpent de mer suscité par le dieu Neptune dévore Hippolyte, mettant ainsi un paroxysme au désespoir de Phèdre, qui décide alors de tout avouer à son royal époux, avant de se donner la mort par le poison.

Phèdre est un des personnages les plus forts du théâtre classique : Racine a eu le talent de mettre en scène un personnage plein d’ambiguïté et ainsi, profondément humain. Phèdre, ainsi que l’explique Racine dans sa préface, n’est pas un personnage simplement « mauvais » : victime des passions humaines. Elle a de beaux moments de lucidité dans des monologues fameux, et suscite ainsi une certaine pitié de la part du spectateur, témoin de ses déchirements internes.

Recevez mon infolettre 2 à 3 fois par mois

Signup now and receive an email once I publish new content.

I agree to have my personal information transfered to MailChimp ( more information )

Je n'aime pas le spam et vous non plus ! Votre adresse est bien gardée.

Aucun commentaire

Laisser un commentaire