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Jack London, le romancier aventurier


Croc blanc, l'appel de la forêt

La vie de Jack London fut celle d’un aventurier et ses romans ont fait le tour du monde. Romancier humaniste, socialiste convaincu, chercheur d’or, Jack London a connu une vie aussi riche en péripéties et en aventures que celle de ses héros.

L’aspect politique et social de son œuvre est souvent méconnu en France, où la critique officielle l’a confiné dans le domaine des auteurs de « genre », consacrés à l’aventure et donc réservés à un public adolescent. Pourtant, Jack London, poète de l’humanisme et chantre du courage et de la volonté, est un auteur riche et complexe, tant par le style que par les idées.

Une jeunesse misérable et une vie mouvementée

Né en 1876, enfant adopté, Jack London appartenait à une famille pauvre de Californie. Dès son plus jeune âge, il fut confronté aux vicissitudes de l’existence, et dut travailler à seize ans dans une conserverie, où les conditions étaient épuisantes. Cette première expérience fut formatrice pour lui, et détermina l’attachement qu’il manifesta toujours pour la condition ouvrière.

En parallèle, il découvrit également très jeune la littérature, et se jeta avec un appétit féroce sur tous les livres qu’il pouvait trouver. Autodidacte pur, il se forgea une culture par ses propres moyens, et l’ambition de devenir un écrivain reconnu l’anima depuis son adolescence.

Hantant les bibliothèques publiques, avide de lecture, le jeune Jack London réussit à s’inscrire dans une école supérieure. Il a pu satisfaire son goût des lettres, tout en continuant à travailler avec acharnement pour réussir à satisfaire un autre de ses rêves : s’offrir un petit voilier et naviguer sur la baie de San Francisco.

Pour fuir le travail épuisant et mal payé de l’usine de conserves où il était ouvrier, Jack London se fit pillard sur les bancs d’huîtres qui jalonnaient les rives de la baie. Poursuivi par la police, il se mit à fréquenter les cabarets mal famés, côtoyant les contrebandiers et la petite pègre de l’époque, et découvrant son vice principal : l’alcool.

Plus tard, après le naufrage de son premier petit navire, il se reconvertit du côté de la loi, et devint un auxiliaire de la police luttant contre les braconniers et les trafiquants qui hantaient la baie de San Francisco à l’époque. Depuis toujours tenaillé par l’envie d’écrire, le jeune London utilisa cette expérience dans une série de nouvelles intitulée « Patrouille de pêche ».

L’année suivante, âgé de dix-sept ans, il s’engagea sur une goélette qui pratiquait la chasse au phoque jusqu’au nord de l’Océan Pacifique. La vie sur le navire était très dure, mais Jack London y puisa une expérience passionnante et y satisfit sa prédilection pour l’action et l’aventure. Au retour de cette croisière, il devint vagabond, participa à différents mouvements sociaux tout en commençant à rédiger ses premiers textes. Enfin, il parvint à s’inscrire à l’Université où il travailla avec acharnement pour accomplir son cursus littéraire.

La ruée vers l’or et vers la littérature

Jack London, un aventurier romancier, humaniste et socialiste convaincuLes dernières années du XIXe siècle voient la côte ouest des États-Unis bouleversée par une nouvelle fracassante : il y a de l’or, beaucoup d’or au Klondike, une région sauvage et partiellement inexplorée du nord-ouest. C’est la ruée de tous les prospecteurs, mais aussi de tous les infortunés comme Jack London, qui espèrent faire fortune dans les terres inconnues.
Accompagné de son beau-frère, l’aventurier partit donc sur la piste de l’or. Mais mal préparée, l’expédition tourne court, et Jack London est contraint de battre en retraite, car malade du scorbut et épuisé.

Cependant, si la fortune n’était pas au rendez-vous, l’inspiration était bien là. Jack London commença la rédaction de nouvelles ayant pour cadre les étendues sauvages du Grand Nord et les premiers succès sont rapides. « Croc-Blanc », « L’appel de la Forêt » et les nombreuses « Nouvelles du Pays de l’or » suscitent un engouement immédiat auprès d’un public avide d’aventures.

C’est ici sans doute que débute le malentendu concernant Jack London, qualifié d’auteur réservé à la jeunesse. En effet, une partie de la critique a vu dans les romans mettant en scène des animaux livrés à eux-mêmes dans les immensités désertes de l’Alaska de simples distractions réservées aux adolescents.

Pourtant, une lecture plus attentive montre que ces histoires animalières ne sont pas gratuites, mais plutôt qu’elles expriment les valeurs prônées par leur auteur. Car, durant toute sa courte vie, Jack London a défendu des idées qui lui furent inspirées par ses expériences multiples, vécues aux côtés de personnages réels qui l’ont impressionné et influencé.

Jack London, un romancier sincère et engagé

Nourri de sa vie aventureuse, fort d’un vécu intense, Jack London ne pouvait pas rester un simple observateur de son époque. Engagé très tôt dans le combat politique des socialistes américains, il a toujours lutté contre les excès du libéralisme et du capitalisme. Des romans et des nouvelles comme « Martin Eden » ou « Le Talon de Fer » sont des preuves de cet engagement en faveur des oubliés de la réussite des États-Unis en plein essor économique.

Mais ses romans d’aventures sont aussi des manifestes en faveur des idées humanistes de Jack London. Ainsi, au-delà des aspects anecdotiques qui fleurent parfois le western, au-delà des péripéties passionnantes et des aspects parfois mélodramatiques qui affectent les chiens héroïques de « Croc-Blanc » ou de « Michael Chien de Cirque », on peut discerner un véritable discours humaniste.

Les héros de Jack London, qu’ils soient humains ou animaux, symbolisent par leurs choix et leurs attitudes, les différentes façons d’appréhender la vie. La solidarité, le goût de l’effort commun, la lutte pour la vie sont opposés à l’égoïsme rapace et à l’individualisme. À une époque précise où la réussite personnelle était érigée en dogme et en idéal unique, où la richesse matérielle était le seul objectif, Jack London a su opposer une autre recherche, celle de la solidarité avec les autres et de la coopération en vue d’obtenir une vie meilleure.

En outre, Jack London fut un des premiers romanciers importants et influents à donner une dimension écologique, avant la lettre, à ses écrits. La nature sauvage et inviolée, l’immensité de l’océan sont très présentes dans son œuvre, et il innova en dénonçant le pillage inconsidéré des ressources naturelles. De même, Jack London fut toujours concerné par la souffrance animale, et son roman « Michael Chien de Cirque » est un vibrant plaidoyer contre les mauvais traitements infligés aux animaux dans les cirques et les zoos.

Son amour inconditionnel pour les animaux et les chiens en particulier, s’exprime dans des romans célèbres comme « Croc Blanc » ou « L’Appel de la Forêt ». Que ce soit dans le roman autobiographique « Martin Eden », dans les « textes sociaux » tels que « Le Talon de Fer », « Les temps maudits » ou dans les récits estampillés « aventure » comme « Belliou la Fumée » ou « Le Loup des Mers », on retrouve toujours le même discours à la fois optimiste et désabusé d’un homme qui a connu le pire de la vie, mais qui n’en a pas moins toujours continué à espérer en l’humanité.

Ainsi, malgré son classement en « auteur pour la jeunesse », Jack London mérite amplement d’être redécouvert comme un romancier et nouvelliste de grande envergure, doté d’un style direct et percutant, dépourvu de mièvrerie et empreint d’un âpre réalisme. Il figure sans aucun doute parmi les grands de la littérature américaine, et son œuvre est toujours d’actualité et le restera aussi longtemps que la liberté sera défendue.

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