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Howard Phillips Lovecraft, fondateur du fantastique moderne


Le fantastique moderne lovecraft

Même si son nom n’est pas connu de la majorité du public français, Howard Phillips Lovecraft est considéré dans les pays anglo-saxons, et surtout aux États-Unis qui l’ont vu naître, comme l’héritier d’Edgar Allan Poe et comme le fondateur véritable du fantastique contemporain. Ses émules sont encore nombreux, en littérature comme dans des médias plus modernes, comme le cinéma, mais aussi les jeux de rôles et les jeux vidéo.

Des auteurs importants dans le genre fantastique lui rendent fréquemment des hommages appuyés, comme Graham Masterton et Stephen King, et l’influence de ses créations et de son style est toujours décelable dans les littératures de l’imaginaire actuelles. En France, Michel Houellebecq lui a consacré un essai assez révélateur de l’influence de cet auteur.

Un personnage complexe à la biographie révélatrice

Howard Phillips Lovecraft (1890-1937) n’a jamais connu le succès de son vivant. Né dans une famille relativement pauvre de la petite bourgeoisie de Nouvelle-Angleterre, il souffrit toute sa vie de différents types de troubles psychologiques qui l’empêchèrent de trouver de véritables emplois, si bien que son existence se déroula dans la précarité.

Enfant précoce, avide de science et de culture, il dévora la bibliothèque de son grand-père et écrivit son premier récit à l’âge de sept ans. Véritable érudit, capable d’écrire sur une foule de sujets variés et de pratiquer de nombreuses langues mortes ou vivantes. Il mit toute sa vie au service de l’écriture, mais ne se vit jamais publié de son temps, sauf dans quelques magazines populaires.

Une sorte de mythe littéraire a fait de Howard Phillips Lovecraft un ermite, un personnage inapprochable, qui a passé tout son temps enfermé dans sa petite maison de Providence, où il passait ses nuits à noircir des feuillets d’épouvante. De cette réputation lui vient d’ailleurs le surnom de « reclus de Providence ».

Des travaux plus récents s’appuyant sur des témoignages de l’époque contredisent ces affirmations. Il semble bien que Howard Phillips Lovecraft ait effectué plusieurs voyages à Québec et dans les États-Unis, rendant visite à ses correspondants littéraires, et qu’il se soit révélé être un homme courtois et parfois même jovial.

Howard Phillips Lovecraft, accoucheur de talents

Howard Phillips LovecraftPendant toute son existence, Lovecraft a entretenu une correspondance abondante avec d’autres auteurs de fantastique américains. Parmi ses amis épistolaires, nombreux sont ceux qui ont connu une carrière littéraire aboutie. On peut citer : Robert E. Howard, le créateur — entre autres héros fameux — de Conan le Barbare, August Derleth, son exécuteur testamentaire et continuateur parfois controversé, et Robert Bloch, nouvelliste fameux et scénariste de nombreux films hollywoodiens dont « Psychose ».

À travers ces nombreuses lettres, dont la plupart ont été publiées en France aujourd’hui, on peut se faire une idée de la personnalité complexe et très riche de Howard Phillips Lovecraft. On y découvre un ami chaleureux et dévoué, un amoureux des chats et un conseiller précieux pour les auteurs débutants, en plus d’un humoriste discret et parfois volontiers provocateur.

En effet, il ne lésinait pas sur les suggestions concernant les manuscrits et les ébauches que lui faisaient parvenir ses amis, parfois même au détriment de sa propre production. En plus de cette correspondance colossale, Lovecraft dut pour gagner sa vie, accepter de réviser des romans et nouvelles écrits par des auteurs bien moins doués que lui. Souvent à partir de notes et d’esquisses proposées par des débutants, il construisit des récits honorables où il ne put s’empêcher d’imprimer sa « patte » littéraire bien reconnaissable.

Animé par une grande conscience professionnelle, Lovecraft ne se contentait pas de corriger des fautes ou de remettre sur pied des styles boiteux. Il lui arrivait parfois de réécrire totalement certains récits, dont seule l’idée de base subsistait alors. On peut lire la plupart de ces textes revus et corrigés par Lovecraft dans plusieurs anthologies.

Howard Phillips Lovecraft fut également l’écrivain mercenaire d’une célébrité de l’époque, le grand magicien et roi de l’évasion Harry Houdini. Les deux hommes se sont rencontrés brièvement et il en résulta une longue nouvelle peu convaincante, « Prisonnier des Pharaons », qui montre bien les limites de ce genre de collaboration.

Houdini désirait un récit de voyage et d’aventure exotique où il serait le personnage principal, et qui vanterait ses qualités d’illusionniste et de maître de l’évasion, alors que Lovecraft a préféré introduire ses thèmes récurrents de cités antédiluviennes et de divinités inconcevables pour l’humanité. À noter cependant que les deux hommes partageaient un point commun : un scepticisme prononcé et une aversion pour les superstitions et les pseudosciences. Ce trait commun les conduisit à envisager d’écrire en collaboration, un traité dénonçant les superstitions et le paranormal. Malheureusement, l’ouvrage ne vit jamais le jour.

Un créateur de mythes

Howard Phillips Lovecraft s’est toujours défini comme un rationaliste et un esprit sceptique, loin de toute croyance irrationnelle. Pourtant, il est aujourd’hui considéré comme le plus grand créateur de mythes contemporains. Jusqu’en 1926, Lovecraft produisait des nouvelles fantastiques dans la lignée des œuvres d’Edgar Allan Poe, tout en cultivant un style propre, parfois emphatique et boursouflé, mais toujours original et saisissant.

Puis, avec la nouvelle intitulée « L’Appel de Cthulhu », il entreprit la rédaction d’un cycle de récits mettant en scène une mythologie et une cosmogonie originales, qui marqueront l’histoire de la littérature fantastique. Lovecraft y imagine un panthéon, constitué d’entités extraterrestres, cherchant à reconquérir la Terre après en avoir été évincé dans des temps anciens remontant avant même l’apparition de l’humanité.

Ces histoires sont l’occasion pour Howard Phillips Lovecraft d’affirmer ses convictions concernant l’Homme par rapport au cosmos. Pour lui, l’humanité ne représente qu’un épisode bref et dérisoire de l’histoire de l’univers, et des êtres extraterrestres dotés de pouvoirs supérieurs ne peuvent qu’être considérés que comme des divinités monstrueuses, dont les desseins sont indicibles et inconnaissables.

L’indifférence des êtres rêvés par Lovecraft est sans doute ce qui crée le malaise chez le lecteur. Par rapport aux entités aux noms imprononçables du panthéon de Lovecraft, comme Shub-Niggurath ou Nyarlathotep, les personnages humains qu’il met en scène sont réduits à la condition d’observateurs impuissants et de victimes.

Dès sa création, l’univers glacial et impitoyable imaginé par Howard Phillips Lovecraft va susciter de nombreux émules, qui au fil des années vont étoffer le mythe, chacun selon sa personnalité et son style. August Derleth, Clark Ashton Smith, Robert Howard exploiteront les thématiques mises en place par Lovecraft, et aujourd’hui encore, de nombreux auteurs du monde entier continuent à broder sur les histoires inspirées par la cosmogonie du « Mythe de Cthulhu ».

La construction imaginaire de Howard Phillips Lovecraft n’est pas figée, ce qui a permis à ses successeurs d’adapter sa mythologie aux besoins de leurs récits. Ainsi, des continuateurs de talent ont progressivement ajouté au panthéon de Cthulhu d’autres divinités et d’autres lieux inventés, selon les nécessités de leurs histoires. Le Britannique Brian Lumley a ainsi écrit tout un cycle de romans consacrés aux aventures d’un occultiste audacieux, Titus Crow, aux prises avec les dieux inventés par Lovecraft.

Enfin, Howard Phillips Lovecraft est le créateur d’un livre totalement fictif, le Nécronomicon, qui sert de lien à plusieurs de ses nouvelles. Sorte de grimoire interdit contenant des incantations destinées à invoquer les entités d’un autre univers lointain, le Nécronomicon est un bel exemple de mystification littéraire réussie. En effet, bien que Howard Phillips Lovecraft ait toujours proclamé qu’il n’existait pas, qu’il s’agissait d’une création de son imaginaire, de nombreux amateurs continuent à réclamer auprès de grandes bibliothèques le droit de consulter le mystérieux ouvrage.

Cette anecdote suffit à démontrer le pouvoir de fascination qu’exercent toujours les écrits du « Maître de Providence » !

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