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Gustave Flaubert, le maître du style


gustave flaubert le maître du style

Gustave Flaubert (1821-1880) est considéré comme un grand styliste, qui a consacré la plus grande partie de sa carrière littéraire à peaufiner une œuvre peu abondante jusqu’à lui donner une forme littéraire parfaite. Par la qualité de ses romans et nouvelles, il continue d’inspirer les auteurs contemporains.

Une œuvre restreinte en quantité

Contrairement à son maître spirituel et inspirateur, Honoré de Balzac, Gustave Flaubert écrivit très peu d’œuvres achevées : ses quatre romans, « Madame Bovary », « Salammbô », « l’Éducation sentimentale » et « Bouvard et Pécuchet » constituent presque l’intégralité de sa bibliographie. Sans oublier un certain nombre de courtes nouvelles, exercice où son sens de la concision excellait : « La Tentation de Saint Antoine », « Trois Contes ».

Il faut ajouter à cette œuvre une correspondance abondante et suivie, qui est un véritable révélateur de l’homme et de l’écrivain Flaubert. Cet ensemble de lettres expédié à divers amis est une mine d’information sur la méthode de l’écrivain, et continue d’être étudié par les spécialistes afin de percer les secrets du « style Flaubert ».

Gustave Flaubert, un styliste en perpétuelle recherche de la perfection

Si l’œuvre de Gustave Flaubert est peu abondante, on peut dire qu’elle constitue une recherche constante et presque obsessionnelle du beau styleGustave Flaubert, le maître du style. Avec un acharnement admirable, Gustave Flaubert réécrivait, raturait, biffait chaque mot, chaque ligne, avant d’être satisfait. Il écrivait lui-même à un de ses amis qu’au terme d’une journée complète de travail, il avait produit un unique paragraphe de quinze lignes qu’il estimait satisfaisant !

Semblable à un artisan consciencieux, Gustave Flaubert passait ensuite son texte à l’épreuve ultime du « gueuloir », une pièce close où il déclamait ses écrits récents à tue-tête afin de juger du rythme et de la musicalité de ses phrases. Grâce à cette exceptionnelle recherche de la perfection, Flaubert est aujourd’hui considéré comme un des plus grands écrivains de son temps, et est encore pris comme modèle et comme exemple de style parfait, élégant et évocateur.

Il a inspiré nombre de ses contemporains et de ses successeurs : Maupassant en particulier lui vouait une admiration sans bornes. On peut écrire que Gustave Flaubert a posé les bases du style littéraire moderne : précision dans l’expression des idées, économie de moyens, vocabulaire précis et technique, et enfin respect des règles syntaxiques fondamentales de la langue, qui est notre héritage commun.

« Madame Bovary »

Roman terriblement pessimiste, « Madame Bovary » est l’œuvre la plus connue de Flaubert. Elle relate les désillusions d’Emma, épouse d’un terne médecin de campagne, Charles Bovary. Élevée au couvent, elle se réfugie dans la rêverie romanesque et dans la lecture de livres à l’eau de rose. Confrontée à la réalité prosaïque, elle se laisse séduire par des amants médiocres qui se lassent d’elle et de son idéalisme romantique. Bien qu’ayant eu une fille, Emma Bovary néglige sa famille et s’endette pour des futilités.

Devant le refus de ses amants de couvrir ses dettes, écœurée par la réalité qu’elle juge sordide et inintéressante, elle finira par se suicider. En son temps, ce livre provoqua la colère de la censure et Gustave Flaubert subira un procès pour « outrage aux bonnes mœurs ». Malgré cela, le roman sera un grand succès de librairie.

Derrière l’histoire somme toute banale d’une jeune femme victime de l’ennui, tout le talent de Gustave Flaubert se révèle déjà. Sans juger ses personnages, grâce à un jeu subtil de changement de point de vue, l’auteur de « Madame Bovary » réussit à dépeindre des caractères universels, dans leur réalisme parfois sordide.

Ce roman connut un tel succès, aussi bien auprès de la critique que dans le public, qu’on appelle toujours « bovarysme » la tendance de certains esprits rêveurs et insatisfaits à se tourner vers des songeries mélancoliques. « Madame Bovary » est ainsi une critique des exaltations romantiques qui ont marqué son époque.

« Salammbô », roman épique, historique et flamboyant

Gustave Flaubert met cinq ans à écrire ce roman historique. Inspiré par la mode de l’époque, qui est à l’orientalisme et à l’archéologie, désireux de s’éloigner du réalisme évoqué dans « Madame Bovary », l’écrivain s’est sérieusement documenté sur les Guerres puniques qui opposèrent Rome à Carthage trois siècles avant notre ère. Il produit donc un roman flamboyant, épique et violent, qui narre la révolte des mercenaires contre Carthage.

Salammbô est la fille du général en chef carthaginois, Hamilcar, et les deux principaux chefs « barbares » s’éprennent d’elle. « Salammbô » n’est pas un traité d’histoire : c’est un roman plein de batailles et de fureurs, de personnages sensuels aux passions dévorantes et exacerbées. Flaubert joue la carte d’un exotisme un peu « pompier », alternant les passages romantiques et les descriptions saisissantes et cruelles de batailles gigantesques.

Il met en scène des armées entières qui fondent dans le creuset de la guerre, des éléphants caparaçonnés, des guerriers dignes d’Homère. C’est peut-être dans ce roman, frénétique et parfois grandiloquent, que Gustave Flaubert révèle le plus l’immensité de sa culture, à travers un vocabulaire extrêmement riche, complexe et fouillé, et des descriptions tellement évocatrices que le lecteur n’a aucune peine à visualiser les scènes décrites.

C’est d’ailleurs en s’inspirant de ce roman que Philippe Druillet a produit un de ses chefs d’œuvre de la bande dessinée, et force est de reconnaître que peu d’auteurs, d’heroic-fantasy actuels, atteignent le gigantisme épique, la cruauté guerrière des scènes peintes par Flaubert.

L’Éducation sentimentale

Sept ans plus tard paraît « L’Éducation sentimentale », un roman d’apprentissage contant la perte des illusions d’un jeune homme venu à Paris poursuivre ses études, Frédéric Moreau. Amoureux de la femme d’un marchand d’art, Frédéric côtoie les différents milieux de l’époque, ce qui donne un prétexte à Gustave Flaubert pour camper la typologie d’une certaine bourgeoisie de son siècle.

L’auteur, dans ce roman, laisse libre cours à son ironie un peu amère, qui n’épargne personne, et surtout pas son héros. Frédéric apparaît ainsi pétri d’idéaux romantiques, peu en prise avec la réalité, tandis que les autres personnages apparaissent comme mus surtout par l’ambition personnelle. Imbu de parti-pris et de préjugés, chacun des protagonistes est disséqué par l’œil pas toujours bienveillant de Flaubert.

Bouvard et Pécuchet

Roman inachevé, à l’intention ouvertement humoristique, « Bouvard et Pécuchet » raconte les tribulations tragi-comiques de deux employés aux écritures se prenant pour des humanistes, et qui veulent tout savoir, tout comprendre des sciences par l’expérimentation. Avec les meilleures intentions du monde, et grâce à un héritage qui leur assure l’indépendance financière, les deux compères s’installent en Normandie, région chère à l’auteur, où ils vont tenter de mettre leurs théories en application.

Toutes les sciences y passent : agronomie, jardinage, distillerie de liqueurs variées. Innocents et convaincus de la toute-puissance de la science, et confrontés au bon sens des paysans locaux, Bouvard et Pécuchet vont accumuler les échecs avant de retourner à leur terne existence de copistes.

On voit dans ce roman posthume toute la maîtrise du style de Flaubert, et l’on ressent également l’ironie qui habitait cet auteur : se faisant peu d’illusions sur la nature humaine, l’écrivain jetait un regard lucide et pénétrant sur la psychologie de ses personnages. Grâce à un vocabulaire riche et étendu, à un grand sens de l’observation et à une connaissance parfaite de la langue, Gustave Flaubert a su, en peu de romans, dresser un portrait sans concession de la société de son époque, et sur l’humanité en général.

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