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George Sand, la scandaleuse


La scandaleuse Georges Sand

Longtemps considérée comme un écrivain mineur, George Sand est aujourd’hui reconnue comme une de ces femmes qui ont su faire évoluer la littérature, mais aussi les mœurs et la société.

Méprisée par Baudelaire qui l’a brocardée avec férocité et talent, la châtelaine berrichonne (on la nommait « la Bonne Dame de Nohant ») est désormais considérée, par la critique, comme un écrivain majeur de son époque. Tout le monde connaît ses romans régionalistes (« La Petite Fadette », « La Mare au Diable ») et ses ouvrages teintés de romantisme (« Indiana », « Les Beaux messieurs de Bois Doré »).

Une vie agitée

Née en 1804 à Paris, Aurore DupGeorge Sand ou Aurore Dupin, la scandaleusein de son vrai nom est d’origine noble par sa mère, mais roturière par son père. Elle gardera de cette filiation duelle un réel intérêt pour les classes populaires, et une vraie compréhension de la vie des déshérités, tout en fréquentant la meilleure société de son époque.

Très jeune, elle est élevée dans le Berry, près de La Châtre, et elle garda toute sa vie une affection particulière pour cette province où elle situa le cadre de plusieurs de ses romans. Mariée jeune avec un homme grossier et violent, incapable de comprendre l’attirance de sa femme pour les arts et les lettres, George Sand décida très tôt de s’affranchir de la condition d’épouse soumise. Enfin, elle obtient la séparation définitive avec son mari et elle obtient l’indépendance relative dont elle a toujours rêvé.

Avant de se consacrer à la littérature, Aurore Dupin se passionna pour la politique. Bien que sa famille soit plutôt conservatrice, elle s’enthousiasma pour les journées de 1830 qui chassèrent les Bourbon du pouvoir et elle garda ses idées progressistes toute sa vie. La « Révolution de Juillet » et « les Trois Glorieuses » marquèrent à jamais la future George Sand, et ancrèrent en elle ses convictions républicaines.

Comment Aurore devint George

Éprise de l’écrivain Jules Sandeau, elle le suit à Paris où elle découvre les jeunes auteurs enthousiasmés par le romantisme. Cette société d’écrivains fantasques et talentueux lui permet de découvrir la vie intellectuelle intense de Paris : entre salons littéraires, vernissages et musées, Aurore Dupin s’adapte à merveille à cette nouvelle existence, et s’intègre au mouvement littéraire en devenant – avec son amant Jules Sandeau – journaliste au Figaro.

George Sand, IndianaTrès vite, elle se fit remarquer en portant des vêtements masculins et en se faisant couper les cheveux. Cette attitude, jugée scandaleuse à l’époque, contribua largement à la création de la légende du personnage. Elle publie son premier roman (« Rose et Blanche ») en collaboration avec Sandeau, puis enchaîne directement avec la parution de son premier livre individuel : « Indiana », qui parut sous le pseudonyme qu’elle adopta pour toute la vie : George Sand.

Dès l’adoption de ce nom de plume, le succès est au rendez-vous : George Sand publie deux romans et une pièce de théâtre très bien accueillis par la critique. Sa situation est désormais assurée dans le monde des lettres parisiennes, et son statut financier s’améliore grâce à des articles réguliers paraissant dans une revue prestigieuse.

George Sand, l’amoureuse et la femme engagée

Parallèlement à cette carrière, la vie de l’écrivain de Nohant est tumultueuse. Après une rupture orageuse avec Jules Sandeau, elle a une brève et malheureuse liaison avec Prosper Mérimée. Puis, elle s’éprend du premier amour véritable de sa vie, Alfred de Musset. C’est une liaison romantique, effrénée, ponctuée d’infidélités nombreuses et de retrouvailles ardentes. Le couple voyage en Italie, se sépare avant de se retrouver et de renouer à Paris. Les deux amants s’inspirent mutuellement et l’on peut dire que les « Confessions d’un Enfant du Siècle », de Musset, sont largement influencées par leurs amours compliquées.

George Sand aura de nombreuses autres liaisons, en amoureuse libre et passionnée : avec l’avocat chargé de plaider sa séparation d’avec son mari, mais surtout avec le compositeur et pianiste polonais Frédéric Chopin. Cet amour contrarié par la maladie et par les caractères extrêmes des deux amants se terminera par le décès du musicien.

Cette vie amoureuse passionnée et mouvementée n’empêcha pas George Sand de s’engager dans la vie politique de son époque. Très tôt impliquée dans les courants de pensée progressistes, elle milita toute sa vie pour l’amélioration des conditions de vie des paysans et des ouvriers, ce qui lui valut dans le Berry le surnom de « Bonne Dame de Nohant ». Gagnée aux idées socialistes, elle soutint par l’écriture de nombreux articles et pamphlets les révolutions et mouvements populaires qui eurent lieu durant son existence, à tel point que parfois, ses amis craignirent pour sa liberté.

En effet, George Sand, après s’être félicitée de la chute du roi Louis-Philippe en 1848, s’est violemment opposée à l’arrivée au pouvoir de Napoléon III. Pour éviter la censure et une éventuelle arrestation, l’écrivain se retira dans son Berry natal jusqu’à la fin de sa vie. Cependant, elle resta toujours fidèle à ses idées, en plaidant la cause de Victor Hugo auprès de l’Empereur, en vain. Après cet échec, elle terminera sa vie en cultivant sa vie de famille, se muant d’amoureuse passionnée et grande voyageuse, en mère et grand-mère attentive et affectueuse.

L’écrivain prolifique

L’œuvre de George Sand est diverse et prolixe : romans, nouvelles, articles politiques et littéraires, pièces de théâtre, elle a abordé avec succès tous les domaines (ses œuvres complètes totalisent 109 parutions). Engagée dans un mouvement à la fois social et romantique, ses romans sont des témoignages précieux sur la condition des paysans et des ouvriers lors de la révolution industrielle.

Fortement attachée à son terroir berrichon natal, elle consacra aussi une partie de sa vie à collecter, à recueillir et à transcrire sous une forme littéraire des contes et légendes locaux, restituant à merveille les superstitions des petites gens de sa région natale du sud de l’Indre. Mais son œuvre ne se résume pas au folklore et aux mœurs passés si bien décrits dans « La Petite Fadette » ou « Les Maîtres sonneurs ».

Ses idées concernant la société et la place tenue par les femmes transparaissent dans ses articles, mais surtout dans des romans comme « Indiana », qui dépeint une femme passionnée et indépendante. La condition des ouvriers fut une de ses préoccupations constantes, et elle aborde les changements de la société dans des ouvrages comme « Mauprat ».

Le style de George Sand est simple, direct et sans fioriture excessive, et c’est en partie ce qui lui a valu la détestation de Baudelaire, qui revendiquait pour l’écrivain un dandysme élitiste. Avec quelques autres écrivains de son siècle, George Sand fut la fondatrice de ce qu’il est convenu d’appeler la « littérature populaire » : des récits prenants et captivants, laissant une part importante à l’action et aux rebondissements, loin d’un esthétisme un peu artificiel prôné par ses détracteurs.

Attachée à l’éducation des milieux populaires, pensant que toutes les classes ont droit à l’accès à la culture, il semble que George Sand se soit attachée à tenter de diffuser ses idées progressistes sous le couvert de récits romanesques. C’est pourquoi certains de ses romans ont été largement combattus par d’autres auteurs plus réactionnaires, et qu’ils ont parfois été l’objet de la censure du pouvoir autoritaire.

Aujourd’hui, George Sand reste un écrivain parfois qualifié de « mineur », mais il émane de son œuvre un charme discret et une simplicité sincère qui font que ses romans sont toujours d’une lecture agréable.

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1 commentaire

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  • FH

    Tu as résumé avec brio la vie de George Sand. Je recherchais en vain des infos sur cet auteur, sur le web, et je suis tombé par hasard sur ton site. Je ne trouve pas que le style esthétique de l’écrivain est « simple ». Mais je m’en délecte ces derniers jours sur son premier roman, Indiana. Sa composition est d’une remarquable beauté, dont je ne me lasse pas à relire une seconde fois, au fil des pages… Cependant, hormis La petite Fadette et Indiana, je n’ai pas lu ses autres oeuvres, je ne puis donc pas avoir un jugement pertinent. Après Indiana, je compte aborder toutes ses pièces de théâtre. J’en ai compté pour le moment 37. Je souhaite savoir si tu as le compte exact du nombre de ses pièces, par hasard, car même Wikipédia ne les a pas toutes mentionnées. J’ai dû réaliser une véritable recherche d’enquêteur pour réunir les 37 titres que j’ai trouvées.