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Emile Zola, les Rougon-Macquart et le Ventre de Paris


Emile Zola, les Rougon-Macquart et le Ventre de Paris

Parmi les écrivains les plus prolifiques de notre littérature moderne, Émile Zola figure en bonne place. Auteur d’une centaine de contes et nouvelles, de nombreux articles de presse, de récits de voyages et d’essais. 

Émile Zola, un des écrivains les plus prolifiques de notre littérature moderne

Ce grand écrivain de la seconde moitié du vingtième siècle est surtout connu pour sa monumentale œuvre romanesque, « Les Rougon-Macquart », vingt romans qui dépeignent l’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire. Chacun de ces livres est le récit de la vie d’un des membres de cette famille, au fil des générations successives.

Influencé par le positivisme dAuguste Comte et les idées socialistes, Émile Zola entendait, dans cette véritable « saga », illustrer et défendre ses idées philosophiques et sociales. En lien avec ses engagements citoyens et journalistiques, la fresque romanesque des Rougon-Macquart est – en plus d’une œuvre artistique – un manifeste politique.

Émile Zola, le naturaliste et le réaliste

Emile Zola, les Rougon-Macquart et le Ventre de ParisInspiré des idées « des Lumières » et de leur besoin de tout expliquer, y compris la nature humaine dans toute sa complexité, le naturalisme est un courant littéraire dont Émile Zola est le chef de file. Pour beaucoup de critiques de son époque, le naturalisme de Zola est vulgaire, bestial, car il est décrit les êtres et leur comportement avec tous les détails sordides de la condition humaine, sans en omettre les aspects choquants et dérangeants.

Le naturalisme est une tentative pour introduire en littérature des éléments qui jusque-là étaient réservés à la science : le sens de l’observation et l’esprit d’analyse sans concessions. La science fascinait Emile Zola, en particulier la génétique qui en était à ses débuts.

Enthousiasmé par les recherches récentes sur l’hérédité, il tenta dans un cycle romanesque des Rougon-Macquart d’appliquer les principes de la biologie aux destinées de ses personnages fictifs, mais fortement inspirés de la réalité.

C’est pourquoi, du début à la fin de son cycle (soit : de « La fortune des Rougon » à « La Débâcle »), Emile Zola nous décrit les conséquences de l’alcoolisme sur l’hérédité des familles Rougon et Macquart. C’est cette maladie, ce fléau social de la classe ouvrière, qui détermine la destinée de tous les descendants de « Gervaise » et qui provoque la folie meurtrière de Jacques Lantier dans la « Bête humaine ».

Mais Émile Zola ne se préoccupe pas que d’hérédité : c’est un observateur lucide et sans pitié de la société de l’époque. Le Second Empire est un monde nouveau qui se construit sur les décombres des siècles précédents, et Emile Zola est sensible aux bouleversements sociaux qui se produisent sous ses yeux :

  • Urbanisme moderne de Paris (« Le Ventre de Paris »), naissance de la classe ouvrière (« Germinal ») ;
  • Industrialisation et mécanisation du travail, perte des anciennes valeurs traditionnelles au profit du capitalisme marchand (« Au Bonheur des Dames ») ;
  • La spéculation financière (« L’Argent ») facilite l’ascension sociale de certains,, mais précipite aussi la chute des autres ,
  • et entraîne une déchéance morale fatale : (« Na na », « La curée »).

Imprégné d’idées scientifiques et avide de réalisme, Emile Zola faisait précéder l’écriture de tous ses romans d’une phase de recherches sur le terrain. Ainsi, avant de rédiger « Germinal », Zola se rendit dans les mines d’Anzins afin d’y mener une enquête fouillée sur le travail et les conditions de vie des mineurs.

Pour la première fois, un écrivain se penchait sur le monde des humbles et abordait des sujets « non nobles », ce qui lui valut critiques et moqueries. Cependant, avec le recul, on ne peut que saluer la modernité d’un auteur qui n’hésita pas à braver les interdits moraux de son époque pour témoigner de la condition de la société.

Les Rougon-Macquart, une nouvelle « Comédie Humaine »

À l’instar de Balzac, qu’il admirait beaucoup, Émile Zola ambitionne de donner une description la plus fidèle possible de son temps par le biais de son cycle romanesque. Les vingt romans des Rougon-Macquart forment une fresque immense de personnages vivants et attachants, en raison même parfois de leurs monstruosités. Mais au travers de ces familles fictives, qui connaissent des cycles de fortune et de déchéance, c’est tout le Second Empire qui est évoqué, avec il faut l’avouer, un certain parti-pris de la part de l’auteur.

Les familles Rougon-Macquart deviennent la métaphore de la société française de la seconde moitié du siècle, elles en symbolisent les grandeurs et les misères. L’analogie est évidente entre « La Fortune des Rougon » et celle du régime de Napoléon III ; entre la défaite de 1870 et « La Débâcle » qui clôture l’aventure romanesque imaginée par Émile Zola.

L’ascension sociale de la bourgeoisie, les mutations économiques et industrielles, l’influence grandissante de la spéculation boursière (« L’Argent »), les crises agricoles (« La Terre ») sont des sujets qui intéressent Émile Zola, en tant qu’écrivain, mais aussi en tant que journaliste engagé. C’est pourquoi, dès les premiers romans, il semble avoir eu en tête le déroulement complet de sa série.

Le Ventre de Paris

Parmi les romans de la saga des Rougon-Macquart, « Le Ventre de paris » est l’un des plus représentatifs du style d’Émile Zola. Très documenté, il montre un récit linéaire agrémenté de longues pages de descriptions parfois lyriques. Écrit en 1873, il se situe presque intégralement dans les Halles centrales de Paris, alors récemment construites par l’architecte Baltard.

L’intrigue y est simple et conte l’histoire de Florent, un ancien bagnard injustement condamné pour conspiration contre Napoléon III, devenu inspecteur du pavillon de la marée dans les nouvelles Halles de Paris. L’intérêt du récit tient d’abord dans la richesse de la peinture que Zola fait des bâtiments modernes, métalliques, qui constituaient une innovation technologique pour l’époque.

Fasciné par le progrès et la science, Émile Zola promène un regard enthousiaste et admiratif sur l’édifice, tout en déplorant l’aspect déshumanisant de la finalité économique de sa construction. Dans certaines pages, les Halles sont décrites comme un être vivant, ou du moins comme des organes voués à l’engraissement d’une ville tentaculaire, d’où le titre du roman.

Ses descriptions des monceaux de nourritures apportés quotidiennement dans les Halles témoignent de son écœurement envers une bourgeoisie entièrement tournée vers la consommation de biens matériels. Cette opposition est symbolisée par les personnages, que l’on peut diviser entre « gras » et « maigres ».

Florent, le héros qui complote contre le pouvoir impérial, est un « maigre », et il suscite le mépris des commerçants qu’il côtoie simplement à cause de son refus de s’empiffrer et d’entrer dans le système. Les autres personnages, ces commerçants qui s’enrichissent grâce au régime impérial, sont gras et suffisants, entièrement voués au culte de la nourriture.

 Le Ventre de Paris n’est pas un roman optimiste : le lecteur assistera à la lutte vaine de Florent contre les petits bourgeois et leurs préjugés étriqués. À la suite d’une enquête menée par une certaine Madame Saget, le passé trouble de bagnard de Florent est révélé à Lisa, sa belle-sœur qui le déteste. Lisa le dénonce à la police impériale qui le renverra au bagne.

Au-delà de l’anecdote, c’est au triomphe des gras sur les maigres que nous assistons, c’est-à-dire à la victoire d’une bourgeoisie en pleine ascension sur les idéalismes politiques.

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