Catégories Lectures

Alphonse Daudet, l’éternel chantre de la Provence idéalisée


Alphonse Daudet et sa Provence

Parmi les auteurs français les plus populaires et les plus souvent étudiés à l’école figure ce grand écrivain du XIXe siècle, Alphonse Daudet. Il réussit encore à nous enchanter par ses contes provençaux et ses romans moins connus, grâce à la magie de sa langue d’une grande pureté et par son vocabulaire chatoyant.

Une vie agitée jusqu’aux premiers succès littéraires

Pour le grand public, celui qui a lu – ou entendu conter – « La Chèvre de Monsieur Seguin » sur les bancs de l’école primaire, Alphonse Daudet restera l’auteur d’une seule œuvre, « Les Lettres de mon Moulin ». Mais c’est négliger le talent multiple d’un écrivain qui fut aussi dramaturge, romancier et l’un des fondateurs de l’académie Goncourt.

Rien ne prédisposait Alphonse Daudet, né en Provence en 1840, à une carrière littéraire. Cependant, il semble qu’il ait toujours désiré se faire un nom dans le monde des lettres, ce qui explique qu’il partit pour Paris très jeune, afin de devenir écrivain.

Alphonse DaudetIl devint rapidement journaliste, écrivant pour plusieurs publications à la fois, avant de devenir le secrétaire d’un personnage très influent, demi-frère de l’empereur Napoléon III, le duc de Morny. Alphonse Daudet fréquenta alors les salons mondains, nouant de nombreuses relations littéraires et amoureuses, ce qui lui valut malheureusement de contracter une grave forme de syphilis dont il souffrira toute sa vie. Mais il n’abandonna jamais ses ambitions littéraires, et publia des recueils de poèmes (« Les Amoureuses »), des pièces de théâtre et des romans (« Sapho », « Le Petit Chose », « L’Arlésienne », « Numa Roumestan »).

Une carrière couronnée de succès

À la mort de son employeur et protecteur, le duc de Morny, Alphonse Daudet se consacra entièrement à l’écriture. Il produisit des pièces qui rencontrèrent le succès, et des romans de mœurs où la finesse de l’observation psychologique et la rigueur du style lui assurèrent le succès populaire et la bienveillance des critiques.

Émile Zola et les frères Goncourt furent ses amis et ses principaux soutiens dans le monde de l’édition. Ses relations influentes dans l’entourage de l’impératrice Eugénie, très férue d’art et de culture, lui permirent également d’être considéré comme un des artistes partisans du régime autoritaire impérial, mais il prit soin durant sa vie de ne pas se mêler des affaires politiques.

Grâce à cette indépendance d’esprit et à cette neutralité, Daudet put fréquenter tous les milieux et toutes les tendances, et il fut ami avec des hommes de gauche, comme Jules Vallès, mais aussi le polémiste redoutable et redouté Rochefort, dont la verve acide le faisait classer comme réactionnaire et conservateur. Il semble que, de son expérience précoce des difficultés matérielles, Daudet ait été sensible à la condition des plus démunis, de ceux qui n’étaient pas favorisés par la naissance ou la fortune.

Ainsi, son premier roman largement autobiographique, « Le Petit Chose », relate la vie d’un jeune homme pauvre contraint d’exercer le métier peu gratifiant de surveillant dans une école. Un autre livre, « Jack », relate le destin d’un enfant tendre et rêveur confronté à la cruelle réalité du monde des adultes, et démontre l’humanisme profond d’Alphonse Daudet, même si l’ouvrage (qui a poussé la critique à le comparer à Charles Dickens) cède parfois au mélodrame et à la sensiblerie.

Alphonse Daudet, l’éternel chantre de la Provence idéalisée

Mais, pour tous les lecteurs, Daudet restera l’auteur symbolique de la Provence, avant même son ami félibrige Frédéric Mistral. En effet, c’est avec « Les Lettres de mon Moulin » et « Tartarin de Tarascon » qu’Alphonse Daudet acquit la renommée et la gloire. Avec humour et poésie, il dépeignit sa région natale, qu’il n’avait jamais oubliée en dépit de son existence parisienne.

Le succès de ces petits contes contribua grandement à donner ses lettres de noblesse à la Provence, et à attirer les premiers touristes dans cette région. Composé d’une vingtaine de nouvelles, ce recueil aborde plusieurs genres : réaliste, fantaisiste et humoristique, parfois à la limite du fantastique avec l’étonnant « Homme à la Cervelle d’Or », dramatique aussi.

Dès sa première parution en 1869, l’ouvrage remporta un franc succès, ce qui valut à Alphonse Daudet la hargne d’Octave Mirbeau, qui l’accusa d’avoir plagié un autre auteur, Paul Arène. Dans les « Lettres… », Daudet décrit finement et avec tendresse différents personnages pittoresques, un curé de village trop attaché aux plaisirs terrestres (« Les trois messes basses »), un meunier acculé à la ruine par l’industrialisation de la minoterie (« Le Secret de maître Cornille ») ou encore, un amoureux déçu se donnant la mort en apprenant que sa promise est volage (« L’Arlésienne »).

Le recueil pourrait donc sembler disparate si les histoires qui le composent n’avaient toutes pour point commun la Provence, magnifiée et exaltée par le talent de la plume solaire d’Alphonse Daudet. En effet, le style à la fois fluide et raffiné de l’auteur convient parfaitement à la description des paysages lumineux qui forment le décor de ses contes. Les odeurs, l’ambiance, les couleurs de la Provence sont parfaitement restituées grâce à un vocabulaire riche et adapté, et la lecture de ces « lettres… » donne l’impression d’entendre l’accent méridional.

Le théâtre, puis le cinéma ne s’y sont pas trompés, et de nombreuses adaptations furent réalisées, dont certaines interprétées par Fernandel, un autre personnage emblématique de la Provence.

Tartarin de Tarascon

Un autre acteur prestigieux et provençal incarna un personnage d’Alphonse Daudet : il s’agit de Jules Raimu, qui interpréta Tartarin de Tarascon dans un film de 1934. En fait, Tartarin fut le héros d’une série de trois romans qui furent publiés avec beaucoup de succès entre 1872 et 1890. Si Gustave Flaubert considérait les « aventures du Don Quichotte provençal » comme un chef-d’œuvre, il n’en fut pas de même des habitants de Tarascon et de Nîmes, qui se sentirent insultés par la description du personnage grotesque de tartarin, et qui craignirent d’y être assimilés collectivement.

Alphonse Daudet fut menacé et harcelé par des Provençaux en colère, mais il persista dans son projet littéraire. Tartarin est en effet un personnage peu héroïque, naïf et vantard à la fois, qui se laisse berner à la fois par des amis de rencontre peu scrupuleux et par ses propres vanités. Parti chasser le lion en Afrique, il n’en rapportera que des vantardises absurdes, qui lui vaudront malgré tout l’admiration de ses contemporains. Ce livre, à vocation humoristique, est également pour Daudet le moyen de se moquer sans méchanceté de certains travers de la nature humaine : orgueil, prétention, forfanterie, mais aussi la faiblesse de caractère.

Ainsi, Tartarin, victime de ses rêves de gloire, est un grand imaginatif qui ne supporte pas la confrontation avec la réalité, et qui, pour ne pas décevoir l’image qu’il a de lui-même, s’invente des aventures glorieuses dont il est le héros. Malgré les exagérations propres au genre comique, Tartarin est un personnage sympathique, au fond, et exprime l’affection que portait Alphonse Daudet au caractère méridional, parfois porté à la fanfaronnade, mais jamais vraiment agressif.

La célébrité de ce personnage devint telle que son nom devint synonyme de « ridicule et fanfaron », et qu’une « tartarinade » est devenue un mot désignant une vantardise ridicule. De nos jours, la ville de Tarascon a ajouté Tartarin au nombre de ses atouts touristiques et culturels, ce qui est une reconnaissance du génie propre du chantre de la Provence que fut Alphonse Daudet.

Recevez mon infolettre 2 à 3 fois par mois

Signup now and receive an email once I publish new content.

I agree to have my personal information transfered to MailChimp ( more information )

Je n'aime pas le spam et vous non plus ! Votre adresse est bien gardée.

1 commentaire

Laisser un commentaire